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Les tendances mondiales en prévention des risques psychosociaux : que peut faire le Canada pour devenir un leader?

Par Andréanne Degrâce, Fondatrice d'EVERESST

Les risques psychosociaux (RPS) occupent aujourd'hui une place grandissante dans les préoccupations des organisations. Stress chronique, surcharge de travail, manque d'autonomie, conflits de rôle, harcèlement, changements organisationnels ou manque de reconnaissance peuvent avoir des répercussions importantes sur la santé des travailleurs, la performance des équipes et la pérennité des organisations.

Partout dans le monde, les pays progressent à des rythmes différents dans leur prise en charge des RPS. Certains se démarquent par des approches particulièrement structurées et intégrées, tandis que d'autres sont encore en phase d'évolution. Comprendre ces tendances permet d'identifier les leviers qui pourraient aider le Canada à franchir une nouvelle étape.

Trois niveaux de maturité en gestion des risques psychosociaux

Les leaders : une prévention intégrée au cœur des organisations

Les pays leaders ont réussi à intégrer les RPS dans leurs systèmes de santé et sécurité du travail et dans leurs pratiques de gestion.

Parmi les leaders internationaux, on retrouve notamment la Belgique, les Pays-Bas, Le Danemark et la Suède.

Ces pays se distinguent par :

Ces pays s'inspirent également fortement des principes de la norme ISO 45003, qui propose une approche systématique pour identifier, évaluer et contrôler les risques psychosociaux dans le cadre des systèmes de gestion de la santé et de la sécurité au travail. Cette norme encourage notamment l'intégration des RPS aux mécanismes de gestion déjà en place, la participation des travailleurs et l'amélioration continue.

Les pays avancés : des fondations solides et une reconnaissance croissante

La Finlande, la France, la Suisse et l’Allemagne disposent de cadres robustes et d'une reconnaissance importante des RPS.

Ces pays ont développé :

Toutefois, l'application demeure parfois variable selon les secteurs ou les organisations. Bien que les RPS soient largement reconnus, leur intégration systématique dans les mécanismes de gestion des risques n'est pas encore aussi uniforme que chez les leaders.

Les pays en transformation : une évolution rapide vers des approches plus structurées

Le Canada, l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Unis connaissent actuellement une transformation importante de leur approche des RPS.

Ces pays se caractérisent par :

Toutefois, les pratiques demeurent souvent inégales. Dans plusieurs organisations, les RPS sont encore abordés principalement sous l'angle du bien-être, des programmes d'aide aux employés ou de la santé mentale, plutôt qu'à travers une véritable démarche de gestion des risques.

Le rôle des normes internationales : une feuille de route déjà disponible

L'un des constats les plus intéressants à l'échelle mondiale est que les pays les plus performants ne réinventent pas la prévention des risques psychosociaux. Ils s'appuient sur des référentiels reconnus qui proposent une approche structurée et cohérente.

La norme ISO 45003 constitue aujourd'hui la référence internationale en matière de gestion des risques psychosociaux. Elle complète les systèmes de gestion SST en proposant des lignes directrices pour :

Le Canada possède également un avantage important avec la norme CSA Z1003, reconnue mondialement comme l'une des premières normes nationale consacrées à la santé psychologique en milieu de travail.

Alors que la CSA Z1003 a largement contribué à sensibiliser les organisations à la santé psychologique, l'ISO 45003 apporte une perspective complémentaire davantage orientée vers la gestion des risques psychosociaux dans le cadre des systèmes de SST.

Combinées, ces deux normes offrent aux organisations canadiennes une base solide pour passer d'initiatives de bien-être ou de santé mentale à une véritable démarche intégrée de prévention.

Ce que le Canada peut apprendre des leaders mondiaux

Le Canada dispose de plusieurs atouts : une prévention des risques en SST mature, une sensibilisation importante à la santé psychologique et des référentiels de calibre international. Pour devenir un leader mondial, il pourrait toutefois s'inspirer davantage des approches mises en œuvre dans les juridictions les plus avancées.

1. Obtenir l'engagement de l'ensemble des provinces

L'une des principales forces des pays leaders est la cohérence de leurs attentes en matière de prévention. Au Canada, les approches varient selon les provinces et les territoires.

Une vision plus harmonisée permettrait de réduire les inégalités et d'accélérer l'adoption de pratiques exemplaires à travers le pays.

2. Intégrer les RPS aux systèmes de gestion SST

Les leaders ne gèrent pas les risques psychosociaux à part des autres risques. Ils les intègrent directement dans leurs mécanismes de prévention, leurs analyses de risques et leurs processus d'amélioration continue, comme le recommande l'ISO 45003.

3. Mettre les RPS au même niveau que les autres risques

Les RPS ne devraient pas être considérés uniquement comme un enjeu des ressources humaines.

Comme les risques physiques, ergonomiques ou chimiques, ils peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé, la sécurité, la productivité et la performance organisationnelle. Les organisations les plus performantes leur accordent donc une place équivalente dans leur gouvernance des risques.

4. Considérer les RPS comme un enjeu organisationnel

L'une des grandes leçons des pays leaders est que la prévention ne repose pas uniquement sur le soutien aux individus.

Les facteurs tels que la charge de travail, les rôles mal définis, le manque de reconnaissance, le leadership ou les changements organisationnels constituent souvent les véritables causes des problèmes observés.

Agir sur ces facteurs organisationnels permet une prévention plus efficace et durable.

5. Miser sur la conformité de l'employeur tout en impliquant les travailleurs

Les pays leaders démontrent qu'il est possible de concilier responsabilité de l'employeur et participation active des travailleurs.

L'employeur demeure responsable d'identifier, d'évaluer et de maîtriser les risques. Toutefois, les travailleurs possèdent une connaissance essentielle de la réalité du travail et doivent être impliqués dans l'analyse des risques, l'identification des solutions et l'accompagnement des transformations organisationnelles.

Le prochain défi du Canada

Les tendances mondiales démontrent clairement que les organisations les plus performantes ne se limitent plus à promouvoir le bien-être ou à offrir des programmes de soutien. Elles gèrent désormais les risques psychosociaux comme n'importe quel autre risque organisationnel, avec des mécanismes de prévention structurés, une gouvernance claire et une amélioration continue.

Le Canada dispose déjà de deux leviers puissants : la norme CSA Z1003 et la norme ISO 45003. L'enjeu n'est plus de développer de nouveaux référentiels, mais de les intégrer davantage dans les pratiques courantes des organisations et dans les systèmes de gestion SST. D'autant plus qu'il est possible d'être formé pour cette norme par un registraire ISO.

La question n'est donc plus de savoir si les risques psychosociaux doivent être gérés, mais plutôt comment le Canada peut accélérer sa transition pour rejoindre les leaders mondiaux de la prévention en s'appuyant sur des cadres déjà reconnus à l'échelle internationale.