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Arrêt de travail : comment tracer la ligne entre la sphère personnelle et la sphère professionnelle?

Par Andréanne Degrâce, Fondatrice d'EVERESST

« Nous avons plusieurs personnes en arrêt de travail, mais c'est pour des raisons personnelles. »

Cette affirmation revient souvent lors des analyses de risques psychosociaux. Derrière cette phrase se cache une question complexe que de nombreuses organisations se posent :

Jusqu'où l'employeur est-il responsable lorsque les difficultés vécues par un employé proviennent de sa vie personnelle?

La réponse est rarement noire ou blanche.

 

La grande illusion de la séparation

Nous aimerions croire qu'il existe une frontière claire entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Comme si les employés pouvaient laisser leurs préoccupations à la porte avant d'entrer au travail.

Or, la réalité humaine est tout autre.  Une séparation difficile, un proche malade, des difficultés financières ou des responsabilités familiales importantes accompagnent la personne partout où elle va. Ces situations influencent son niveau d'énergie, sa concentration, sa capacité d'adaptation et sa résilience au stress.

De la même façon, une surcharge de travail, un conflit avec un gestionnaire ou un climat organisationnel difficile ne disparaissent pas lorsque l'employé retourne à la maison. Il faut garder en tête que ces deux sphères s'influencent continuellement.

Une erreur fréquente : rechercher un coupable

Dans plusieurs organisations, lorsqu'un arrêt de travail survient, une question émerge rapidement :

Est-ce personnel ou professionnel?

Souvent, cette question vise inconsciemment à identifier qui est responsable.

Or, si c'est professionnel, l'organisation doit intervenir et si c'est personnel, l'organisation estime parfois qu'elle n'a aucun rôle à jouer.

Cette logique est pourtant réductrice comme si l'organisation se déchargeait de ses responsabilités.+

L'approche EVERESST privilégie une autre perspective.

Plutôt que de chercher à déterminer à qui appartient le problème, nous cherchons à comprendre :

Le milieu de travail contribue-t-il à détériorer la situation ou aide-t-il la personne à traverser cette période difficile?

La nuance est majeure.

Ce n'est pas parce que ce n'est pas la faute de l'employeur qu'il n'y a rien à faire

Je m’explique : un employeur ne peut pas empêcher un divorce, éliminer une maladie dans la famille ou contrôler les événements de la vie personnelle de ses employés.

Toutefois, il peut agir sur les conditions de travail. Je dirais même qu’il doit agir sur celles-ci. Après tout, l’organisation souhaite maintenir ses employés au travail et prévenir les absences. Qu’elles soient attribuables à des facteurs personnels ou professionnels, les absences ont toujours des répercussions humaines, opérationnelles et financières.

Ainsi, la véritable question n’est pas de déterminer si la cause initiale relève de la sphère personnelle ou professionnelle, mais plutôt de se demander : le travail contribue-t-il à aggraver la situation ou aide-t-il la personne à la traverser?

Par exemple, un environnement caractérisé par :

peut devenir un facteur de protection important lorsqu'un employé traverse une période difficile. À l'inverse, un milieu déjà fragilisé peut transformer une difficulté personnelle en problème majeur. Le travail devient alors le facteur qui fait déborder le vase.

Les risques psychosociaux amplifient souvent les vulnérabilités

Imaginez deux employés vivant exactement la même situation personnelle difficile.

Le premier travaille dans une équipe soudée où son gestionnaire est présent, où la charge est réaliste et où il se sent respecté. Le second évolue dans un environnement marqué par les conflits, le manque de soutien et une pression constante.

Lequel risque le plus de s'absenter?

Le facteur déclencheur est peut-être personnel dans les deux cas. Mais les facteurs organisationnels influencent fortement la capacité de la personne à faire face à cette réalité. C'est précisément pourquoi la prévention des risques psychosociaux est si importante.

Ce que les indicateurs nous disent

Lorsque plusieurs absences pour des motifs qualifiés de « personnels » surviennent dans une même équipe ou un même département, il peut être pertinent de regarder au-delà des explications individuelles.

Certaines questions méritent d'être posées :

L'objectif n'est pas de remettre en question la réalité personnelle des employés. L'objectif est de vérifier si le travail agit comme un facteur de protection ou comme un facteur aggravant.

La vision EVERESST : faire partie de la solution

Dans notre approche, la prévention des risques psychosociaux ne consiste pas à déterminer si une situation appartient à la vie personnelle ou à la vie professionnelle. Elle consiste à créer des conditions de travail qui soutiennent les personnes, particulièrement lorsqu'elles traversent des périodes plus difficiles. Une organisation psychologiquement sécuritaire reconnaît qu'elle ne peut pas contrôler tous les événements de la vie de ses employés.

Par contre, elle peut contrôler la façon dont le travail est organisé, géré et vécu au quotidien. Et c'est là que se trouve son véritable pouvoir d'action.

En conclusion

La question n'est peut-être pas :

« Est-ce personnel ou professionnel? »

La véritable question est plutôt :

« Notre environnement de travail contribue-t-il à la détérioration de la situation ou aide-t-il nos employés à la traverser? »

Car au final, les employés ne vivent pas leur vie en compartiments étanches. Ils arrivent au travail avec leurs forces, leurs préoccupations, leurs défis et leur réalité. Les organisations les plus performantes ne cherchent pas à tracer une ligne parfaite entre le personnel et le professionnel. Elles travaillent à faire en sorte que le travail ne devienne jamais un risque supplémentaire.

Chez EVERESST, nous croyons que la prévention commence précisément là : transformer le milieu de travail en facteur de protection plutôt qu'en facteur aggravant.

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